Les cyanobactéries

 

Étang de Berre, après la catastrophe écologique de l'été 2018, l'inaction des pouvoirs publics expose la population à un risque sanitaire grave.

Les algues vertes sur la plage de Ferrières à Martigues

Depuis plusieurs années on est confronté lors des crises d’eutrophisation et d’anoxie (absence d’oxygène dans l’eau) de l’Étang à la prolifération et à l’échouage « des algues vertes » sur les différentes plages  du pourtour de l’Étang. Les populations commencent à savoir qu’il faut éviter d’aller au contact de ces échouage car ils dégagent de l’hydrogène sulfuré qui est toxique quand on l’inhale. La mort de chiens, de chevaux, peut-être d’humains, en Bretagne, ayant défrayé la chronique.
Mais cet été 2019, pour la première fois quelque chose d’encore plus grave est intervenu. Le 3 juin 2019 un chien de 15 kg, Tyson, est mort pour être allé s’ébrouer dans l’eau, sur la plage du Jaï à Châteauneuf les Martigues. Quelques heures après sa baignade, il a été pris de vomissements, diarrhée, paralysie et il a fini par mourir dans la nuit d’une décompensation cardio-respiratoire. Le certificat de décès délivré par le vétérinaire indique  clairement qu’il est mort intoxiqué par des CYANOBACTERIES, ce qui n’a jamais été démenti par les autorités et pour cause !
Mais cela n’a pas, pour autant, donné lieu à une information de la population, les articles de presse entretenant la confusion avec l’effet des algues vertes, non ramassées, qui pourrissaient sur la plage. (On attendait sans doute qu’un coup de vent bienvenu, comme n’a pas eu honte de le dire le directeur du GIPREB dans la PROVENCE du 12 juin 2019, les remporte dans l’Étang, augmentant ainsi un peu plus son eutrophisation). Mais fermons la parenthèse !

Alors les CYANOBACTERIES « qu’ès acò ? »

On les appelait autrefois algues bleues. Ce sont des micro-organismes capables de réaliser la photosynthèse grâce à un pigment Bleu qu’elles renferment (d’où leur nom) et de dégager de l’Oxygène. Ce sont des êtres vivants très anciens, apparus il y a 3 milliards d’années dans l’océan, les premiers à dégager de l’Oxygène. C’est donc grâce à elles que petit à petit l’atmosphère terrestre s’est enrichie en Oxygène ce qui à permis l’explosion des différentes formes de vie à la surface de notre Planète.
Présentes dans les eaux stagnantes et eutrophes (excessivement enrichies en phosphore P et azote N) elles sont les dernières à proliférer en utilisant ces éléments quand il y a une crise car, elles seules, sont capables de le faire sans avoir besoin d’Oxygène. Là où le bât blesse,  c’est que parmi ces Cyanobactéries appartenant à des espèces très variées certaines produisent des toxines très diversifiées elles aussi. Ces toxines sont de 2 sortes, des hépato-toxines (qui attaquent le foie) et des neurotoxines (qui attaquent le fonctionnement du système nerveux).

Les effets des cyanobactéries sur la santé

Chez l’humain, outre les troubles digestifs tels que diarrhées, crampes d’estomac, elles sont responsables d’irritations cutanées, de douleurs musculaires et articulaires, de vésicules autour de la bouche, de fièvre, d’angine, de maux de tête, de nausées, de vomissements, voire d’atteinte hépatique nécessitant parfois l’hospitalisation (source OMS). Ces troubles sont connus depuis très longtemps à travers le monde et quelques cas mortels sont soupçonnés dans la littérature.
Avec le réchauffement climatique les CYANOBACTERIES sont de plus en plus présentes dans l’eau des étangs, lacs, rivières en mauvais état et les cas de morts d’animaux ne cessent d’augmenter. Treize chiens morts après baignade dans la Loire en 2017, un en 2018, en Nouvelle Zélande plus d’une centaine répertoriés depuis quelques années.
Les départements du Cher, de l’Indre, du Loi et Cher, de l’Indre et Loire, du Maine et Loire, les rivières la Vienne et le Tarn sont touchées, et régulièrement en état de vigilance avec interdiction totale d’accès à certains plans d’eau et rivières protégés par des cordons de signalisation. Il ne faut pas toucher l’eau encore moins la boire. La pêche a été interdite dans la Loire en 2017, le poisson interdit à la consommation, la chasse retardée.

Sur l'étang de Berre aussi... et déjà, il y a vingt ans...

Planktothrix agardhii - Photo Irina Olenina nordicmicroalgae.org
Planktothrix agardhii - Photo Irina Olenina nordicmicroalgae.org

N’oublions pas qu’en avril 2000 les eaux du Canal du Rove et du Bolmon ont été fortement touchées : 40 000 carpes mortes dans le Bolmon (50 tonnes). Un grand nombre d’enfants du groupe scolaire de l’Estéou et du Collège proches du canal et de la Cadière ont présenté des symptômes identiques, maux de tête, maux de ventre, fortes fièvres, allergies cutanées. Ils sont signalés par les enseignants et les médecins, deux d’entre eux sont hospitalisés. Une CYANOBACTERIE « planktothrix agardii » toxique est identifiée. Les Maires de Châteauneuf et Marignane interdisent la chasse, la baignade et toutes les activités sportives sur le Bolmon, la Préfecture maritime prend un arrêté d’interdiction de toutes les activités nautiques et de loisir sur le Bolmon et le long de la plage du Jaï entre Châteauneuf et Marignane. La pêche est toujours interdite sur le Bolmon. Les poussées de CYANOBACTERIES du Bolmon  seront permanentes jusqu’à l’entrée en fonction en 2009 de la nouvelle station d’épuration de Vitrolles et des Pennes Mirabeau qui apportera une amélioration significative de la situation.

Mais que font donc nos responsables politiques ?

3 tonnes de poissons morts sur le Bolmon en juillet 2019 - Photo AFP
3 tonnes de poissons morts sur le Bolmon en juillet 2019 - Photo Maritima médias

Donc la mort de Tyson en juin 2019 sur la plage du Jaï est extrêmement inquiétante. D’autant que la présence des CYANOBACTERIES est discrète, un film bleuté à la surface de l’eau, des filaments, des amas spongieux qui flottent en surface, des taches noires sur les galets au fond. Les animaux et les enfants sont particulièrement exposés. Le jour de la fatale balade de Tyson au bord de l’Etang, des familles avec des enfants étaient présentes au bord des eaux.

Depuis, aucune information du public sur les risques encourus et les précautions à respecter n’a été donnée.

Aucune communication non plus sur la cause de la mortalité des poissons dans l’étang de Bolmon début juillet.
Les Cyanobactéries en sont-elles responsables comme cela est fort probable ?
Des mesures de suivi de la présence et du taux des Cyanobactéries ont-elles été mises en œuvre sur tout le pourtour de l’Étang
 ??
Quels en sont les résultats
 ??
Le GIPREB reste aussi muet que les carpes échouées dans le Bolmon.

Et à quoi faut-il s'attendre pour d'avenir ?

La répétition des périodes de canicule,
la diminution avérée du nombre de jours de Mistral par an,
la pollution récurrente des eaux,
leur manque de salinité
font de notre Étang une bombe à retardement pour la Santé Publique.

Or l’État, les Municipalités et le GIPREB, malgré l’URGENCE, ne font rien pour améliorer la situation. Après le rapport  du Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable rendu public, début juillet 2019, dont l’attente a tout bloqué pendant 2 ans suite à la crise de nerfs des Maires de l’Étang après un premier rapport, les palabres vont continuer et, si tout va bien, en 2020 on aura une feuille de route sur les mesures que les Municipalités pourraient mettre en œuvre.
Quand à l’ouverture du tunnel du Rove à la courantologie l’État refuse de la prendre à son compte.

Faudra-t-il attendre des accidents de plus en plus graves, voire mortels, pour qu’enfin les pouvoirs publics bougent mais aussi jouent la transparence avec la population ?
Mireille Quintavalla pour L’ÉTANG NOUVEAU 22.07.2019